47 chevaux pour un seul chien : le mystérieux Tazy kazakh
Au Kazakhstan, on raconte qu’un éleveur pouvait échanger 47 chevaux contre un seul Tazy. Autant dire que ce lévrier n’a jamais été un chien comme les autres. Pourtant, jusqu’en septembre 2024, la Fédération Cynologique Internationale elle-même refusait de le reconnaître comme race à part entière. Entre légende et réalité, le Tazy vient tout juste de sortir de l’ombre.
Origines & histoire
L’histoire du Tazy kazakh se confond avec celle des peuples nomades d’Asie centrale. Ce lévrier, dont l’ancêtre le plus probable est le Saluki persan, fait partie des races canines les plus anciennes au monde. Classé parmi les borzoï du groupe oriental, il était sélectionné depuis des siècles pour chasser le loup, le lièvre, le sanglier, le renard, le blaireau, le cerf et même la saïga, cette antilope des steppes aujourd’hui menacée. Dans la culture kazakhe, le Tazy bénéficiait d’un statut particulier : il était tabou de le qualifier simplement de « chien ». Sa valeur était telle qu’un spécimen de qualité pouvait s’échanger contre 47 chevaux – une somme colossale à l’époque. Pourtant, la race a failli disparaître au XXe siècle, victime de l’industrialisation et de la sédentarisation des nomades. Ce n’est qu’en 2014 que le groupe de chasse Kanzonar organisa une exposition à Astana pour faire redécouvrir le Tazy. Et il a fallu attendre septembre 2024 pour que la Fédération Cynologique Internationale (FCI) le reconnaisse officiellement, sous le numéro 372, dans le groupe 10 des lévriers.
Apparence & physique
Le Kazakh Tazy arbore la silhouette classique des lévriers : élancée, athlétique, tout en muscles longs et en pattes fines. Pourtant, il ne dépasse pas une taille moyenne, ce qui le rend plus compact que son cousin Saluki. Sa poitrine est profonde, son dos droit, son cou long et parfois légèrement arqué. La tête, fine, se termine par un museau allongé, et les oreilles triangulaires retombent le long des joues. La queue, fine et longue, se termine en anneau serré, en spirale ou en crochet, signe distinctif de la race. Le poil, court et doux, est dépourvu de sous-poil, ce qui le rend vulnérable au froid mais idéal pour les étés brûlants des steppes. De légères franges apparaissent à l’arrière des membres et sur la queue, formant un panache. Les pattes, aux doigts serrés en forme de « galet », sont protégées entre les coussinets par un poil court et dur, une adaptation naturelle aux terrains pierreux. La robe peut être fauve, grise, noire, rouge ou bringée, souvent rehaussée de marques blanches. Le Tazy pèse généralement entre 18 et 25 kg pour une hauteur au garrot de 55 à 70 cm, soit l’équivalent d’un adolescent mince et sportif.
Caractère & comportement
Le Tazy est un chien d’une indépendance et d’une autonomie remarquables, héritage direct de son passé de chasseur des steppes. Il n’est pas agressif, mais conserve une certaine réserve, même avec son propriétaire, à qui il est pourtant profondément loyal. Son instinct de poursuite est très vif, et son endurance remarquable : il peut courir à une vitesse de 12 à 15 km/h sur de longues distances, lancé sur une piste. Ce tempérament de chasseur est inné, mais son intensité varie selon les individus, ce qui explique que les chiots soient traditionnellement testés sur le terrain dès l’âge de six mois. Côté éducation, le Tazy ne supporte ni la contrainte ni la dominance. Le renforcement positif est la seule méthode efficace. Son rappel est particulièrement difficile à maîtriser, et un apprentissage précoce en environnement clos est indispensable. La socialisation doit être menée avec douceur pour tempérer sa réserve naturelle. Très demandeur d’exercice, il supporte mal la solitude prolongée, mais n’est pas non plus un chien pot de colle : il préfère un propriétaire qui comprend son besoin d’espace.
Habitat & cadre de vie
Cadre de vie idéal. Le Tazy n’est pas fait pour un petit appartement sans ascenseur. Il a besoin d’un grand espace extérieur sécurisé, idéalement un jardin clos d’au moins 500 m², pour pouvoir courir librement plusieurs heures par jour. C’est un chien qui a été sélectionné pour parcourir des dizaines de kilomètres quotidiens dans la steppe : le trottoir ne suffit pas. Ses propriétaires doivent prévoir au moins deux longues promenades ou courses par jour, et idéalement des séances de lancer de leurre ou de canicross. Le niveau d’expérience requis est intermédiaire : un premier chien pourrait se révéler déroutant pour un novice, à cause de l’indépendance et de l’instinct de chasse de la race. En revanche, un maître sportif et patient saura trouver en lui un compagnon remarquable.
Vivre ensemble
Le Tazy cohabite généralement bien avec les autres chiens, surtout s’il a été élevé avec eux. Les mâles peuvent montrer un certain territorialisme envers leurs congénères du même sexe, tandis que les femelles sont plus tolérantes. Son héritage de chasse en meute le rend naturellement enclin à travailler aux côtés d’autres canidés. En revanche, les petits animaux (chats, lapins, oiseaux) sont à risque : son instinct de prédation est très fort. Une cohabitation avec un chat est possible si elle est initiée dès le plus jeune âge, mais elle nécessite une surveillance constante. Avec les enfants, le Tazy est bon, mais à sa manière : il préfère garder une certaine distance. Il convient mieux aux familles avec des enfants de plus de 8 ans, capables de respecter son indépendance. Les interactions avec des tout-petits doivent être encadrées, car le chien pourrait les éviter ou les bousculer involontairement.
Alimentation
Le Tazy a besoin d’une alimentation de haute qualité, riche en protéines, pour soutenir sa masse musculaire maigre et sa forte dépense énergétique. Le contrôle des portions est essentiel, et surtout la répartition en plusieurs repas : les lévriers au thorax profond sont prédisposés à la dilatation-torsion d’estomac, une urgence vitale. Il est recommandé de diviser la ration quotidienne en deux ou trois petits repas, et d’éviter toute activité intense juste après le repas. Les chiots doivent recevoir des croquettes premium pour chiots de grande race, afin de contrôler leur croissance osseuse. Les adultes s’épanouissent avec des croquettes pour chiens actifs, complétées par des viandes maigres fraîches, du poisson et des légumes cuits. Les seniors bénéficient d’une formule plus digeste et adaptée aux articulations. Des compléments comme l’huile de poisson et la glucosamine peuvent être bénéfiques, après avis vétérinaire. Aliments interdits : chocolat, raisins, oignons, ail, xylitol, os cuits, alcool, avocat, noix de macadamia.
Entretien & soins
Le pelage du Tazy est court, doux et sans sous-poil, ce qui le rend facile à entretenir. Un brossage par semaine avec une brosse à poils souples suffit pour éliminer les poils morts et préserver la texture naturelle de la robe. Une attention particulière doit être portée aux franges sur la queue et à l’arrière des membres, où de petits nœuds peuvent se former. Le bain n’est nécessaire que tous les deux ou trois mois, ou lorsque le chien est particulièrement sale. Les griffes doivent être coupées toutes les 3 à 4 semaines, les oreilles nettoyées chaque semaine avec une solution vétérinaire, et les dents brossées 2 à 3 fois par semaine avec un dentifrice canin. En période de mue, le Tazy perd très peu de poils grâce à l’absence de sous-poil.
Santé & longévité
Le Tazy est généralement une race robuste, avec peu de problèmes génétiques, grâce à sa lignée ancienne et à une sélection naturelle sévère. Sa longévité se situe entre 12 et 15 ans, ce qui est honorable pour un chien de cette taille. Cependant, comme tous les lévriers, il présente quelques fragilités. La dilatation-torsion d’estomac est le risque le plus grave : elle touche les chiens au thorax profond, et la prévention (repas fractionnés, repos après le repas) est essentielle. La dysplasie de la hanche peut survenir, bien que moins fréquente que chez d’autres races. Des problèmes cardiaques, comme la cardiomyopathie dilatée, et oculaires, comme l’atrophie rétinienne progressive, sont également rapportés. Enfin, le Tazy est sensible à l’anesthésie, une caractéristique commune aux lévriers, qui nécessite un vétérinaire expérimenté. Des visites vétérinaires annuelles sont recommandées, et semestrielles après 8 ans.
Budget & engagement
L’acquisition d’un Tazy représente un investissement conséquent. Son prix d’achat se situe généralement entre 800 et 1 500 euros pour un chiot inscrit au LOF, selon la lignée et la réputation de l’élevage. L’installation initiale (panier, gamelles, collier, laisse, harnais, brosse, cage de transport, jouets) coûte entre 400 et 650 euros. Le budget mensuel, lui, oscille autour de 80 à 135 euros : 40 à 65 euros pour une alimentation premium, 15 à 25 euros pour une assurance santé, 10 à 20 euros pour les soins vétérinaires de routine, 5 à 10 euros pour les fournitures de toilettage, et 10 à 15 euros pour les friandises et compléments. À cela s’ajoutent les frais de pension en cas d’absence, et les éventuels soins d’urgence. Sur une vie de 13 ans, le coût total dépasse facilement 15 000 euros, sans compter l’investissement en temps et en énergie.
Réglementation & cadre légal
Le Kazakh Tazy est reconnu par la FCI depuis septembre 2024 (n° 372, groupe 10). En France, il peut être inscrit au Livre des Origines Français (LOF), condition nécessaire pour l’élevage et les expositions. Il n’est soumis à aucune restriction de catégorie (ni chien d’attaque, ni chien de garde). Sa détention est libre, sous réserve des obligations générales : identification par puce électronique, vaccination antirabique obligatoire pour voyager, et responsabilité civile du propriétaire en cas de dommage (article 1243 du Code civil). En tant que lévrier, son fort instinct de poursuite impose un contrôle strict en espace public. Aucune contrainte CITES ou UE ne s’applique, la race étant purement domestique.
En conclusion
Le Tazy n’est pas un chien pour tout le monde. Son indépendance, son besoin d’espace et son instinct de chasse en font un compagnon exigeant, réservé aux maîtres sportifs, patients et expérimentés. Mais pour qui sait lui offrir ce dont il a besoin, il révèle une loyauté profonde et une noblesse héritée de millénaires de vie dans la steppe. Avant de craquer, posez-vous la question : avez-vous le temps, l’espace et la patience de mériter un chien qu’on échangeait jadis contre 47 chevaux?