Le Xigou, lévrier ancestral chinois menacé
En Chine, sur le plateau du Huangtu, une race de lévrier court depuis plus de 2 500 ans. Le Xigou, chien de chasse vif et endurant, voit aujourd'hui ses effectifs s'effondrer : restrictions gouvernementales sur la chasse, méconnaissance du public et absence de reconnaissance internationale. Pourtant, des éleveurs et le China Kennel Union tentent de le sauver de l'oubli. Portrait d'un athlète canin au bord du gouffre.
Origines & histoire
Le Xigou est une race canine chinoise dont les origines remontent au moins au VIe siècle avant notre ère. Des preuves archéologiques et des textes anciens suggèrent qu'il chassait déjà sur le plateau de Huangtu, dans la province du Shanxi. Certains cynologues avancent même que le Xigou serait l'ancêtre de tous les lévriers modernes, une hypothèse qui ferait de ce chien le chaînon manquant de l'évolution des sighthounds. D'autres experts, plus prudents, estiment que le cheptel actuel a pu être croisé avec des Greyhounds importés par la Compagnie britannique des Indes orientales au XIXe siècle, brouillant ainsi la pureté de la lignée originelle. Quoi qu'il en soit, le Xigou a été sélectionné pendant des siècles pour sa vitesse et son endurance sur les terres plates et semi-arides du nord de la Chine. Il y poursuivait lièvres, renards et autres gibiers, seul ou en meute. Autrefois prisé des chasseurs, il est aujourd'hui victime de son succès passé : les restrictions gouvernementales sur le droit de chasse, mises en place pour protéger la faune sauvage, ont fait chuter drastiquement ses effectifs. Le China Kennel Union (CKU) le classe désormais comme « race rare » et mène des programmes de préservation. Mais sans reconnaissance des grandes fédérations cynologiques comme la FCI, sa survie reste incertaine.
Apparence & physique
Le Xigou est un lévrier de taille moyenne à grande, à la silhouette typique des chiens de course : haut sur pattes, poitrine profonde, dos long et légèrement arqué. Les mâles mesurent de 55 à 68 cm au garrot pour un poids de 20 à 30 kg, les femelles étant légèrement plus petites. Sa tête est longue et fine, avec un stop peu marqué et un museau effilé qui lui donne une expression alerte et intelligente. Les oreilles sont tombantes ou semi-dressées, souvent repliées en rose lorsqu'il est attentif. Les yeux, en forme d'amande, sont sombres et vifs. La robe est courte, dense et lisse, épousant parfaitement ses muscles saillants. Les couleurs varient : fauve, bringé, noir, blanc, ou bicolore. Sa queue, longue et fine, est portée bas, souvent terminée par un léger crochet. Comparé à d'autres lévriers, le Xigou est légèrement plus robuste et moins gracile que le Greyhound, mais plus élancé que le Sloughi. Sa masse musculaire, concentrée sur les membres postérieurs, lui confère une accélération fulgurante sur de courtes distances, tandis que sa cage thoracique profonde assure une excellente capacité pulmonaire pour les courses d'endurance.
Caractère & comportement
Le Xigou est un chien au tempérament fier et réservé, à l'image de son passé de chasseur indépendant. À la maison, il se montre calme, posé, presque discret. Mais dès qu'il est en action, son instinct de prédation explose : il devient rapide, déterminé, presque inarrêtable. C'est un paradoxe vivant : un félin au repos, un missile en mouvement. Très loyal envers sa famille, il peut se montrer méfiant envers les étrangers, sans agressivité excessive. Son éducation requiert de la patience, de la constance et une socialisation précoce. Il n'est pas fait pour un novice : son indépendance naturelle et sa forte proie nécessitent un maître expérimenté, capable d'établir un leadership bienveillant mais ferme. Le rappel doit être travaillé avec rigueur, de préférence dans des environnements clos et sécurisés, car une fois lancé sur une piste, rien ne l'arrête. Il n'est ni agressif ni craintif, mais simplement sélectif dans ses relations. Avec les enfants respectueux, il peut être doux et patient, mais il supporte mal les gestes brusques ou les cris. La cohabitation avec d'autres chiens est possible s'ils sont introduits jeunes, mais son instinct de dominance peut poser problème avec des congénères du même sexe. En revanche, il est fortement déconseillé de le faire cohabiter avec des chats ou des petits animaux : pour lui, ce sont des proies potentielles, même après des années de vie commune.
Habitat & cadre de vie
Le Xigou n'est pas un chien d'appartement. Son besoin d'espace et de course est vital : un jardin clos et sécurisé d'au moins 200 m² est indispensable, avec une clôture haute (2 mètres minimum) qu'il ne peut ni sauter ni escalader. Il a besoin de pouvoir courrir librement chaque jour dans un espace sécurisé (parc canin, terrain clos). Sans cela, son équilibre mental et physique est compromis. Un maître actif, pratiquant la course à pied, le vélo ou le canicross, sera un partenaire idéal. Le Xigou supporte mal la solitude prolongée : il peut développer des comportements destructeurs ou aboyer. Il s'adapte à la vie de famille, à condition que son besoin d'exercice soit satisfait. En raison de sa faible masse graisseuse, il est sensible aux températures extrêmes : il doit être protégé du froid (manteau en hiver) et de la chaleur (exercices aux heures fraîches). Le niveau d'expérience requis est intermédiaire : un propriétaire novice risque de se heurter à son indépendance et à son instinct de chasse.
Vivre ensemble
Vivre avec un Xigou demande de l'organisation. La cohabitation avec d'autres chiens est possible, surtout s'ils sont de taille similaire et introduits jeunes. Mais son instinct de dominance peut le rendre réactif envers les chiens du même sexe, d'où l'importance d'une socialisation précoce et continue. La présence de chats ou de rongeurs est à proscrire : même un Xigou bien éduqué peut les considérer comme des proies. Avec les enfants, il peut être un compagnon calme et doux si ceux-ci sont respectueux et calmes. Les gestes brusques, les cris et les poursuites le stressent. Il est donc déconseillé dans un foyer avec de très jeunes enfants ou une ambiance turbulente. Pour les étrangers, il peut se montrer réservé, voire méfiant, mais sans agressivité s'il est correctement socialisé. Les visites doivent être gérées avec calme : laissez le chien approcher à son rythme. En résumé, le Xigou convient à une famille expérimentée, active, sans autres petits animaux, et disposant d'un espace extérieur sécurisé.
Alimentation
Comme tout lévrier actif, le Xigou a besoin d'une alimentation riche en protéines animales de haute qualité. Les croquettes premium (teneur en protéines > 30 %, matières grasses > 15 %) ou la ration ménagère équilibrée par un vétérinaire sont adaptées. Les rations doivent être fractionnées en deux repas par jour pour réduire le risque de torsion de l'estomac, un danger fréquent chez les chiens à poitrine profonde. Le chiot en croissance nécessite une nourriture spécifique pour grandes races, avec un apport contrôlé en calcium pour éviter les troubles osseux. L'adulte actif aura besoin de 300 à 500 g de croquettes par jour, répartis en deux repas. Le senior, moins actif, doit recevoir une alimentation allégée en calories mais enrichie en oméga-3 et en chondroprotecteurs pour les articulations. Les compléments alimentaires (huile de poisson, glucosamine) peuvent être bénéfiques, sur avis vétérinaire. Les aliments interdits sont les mêmes que pour tous les chiens : chocolat, oignon, ail, raisin, os cuits, aliments trop gras et xylitol. Il faut aussi éviter de donner à manger moins d'une heure avant ou après un exercice intense.
Entretien & soins
L'entretien du Xigou est simple : son poil court ne nécessite qu'un brossage hebdomadaire avec un gant en caoutchouc ou une brosse douce pour éliminer les poils morts. Le bain n'est nécessaire que quelques fois par an, avec un shampooing doux. Les griffes doivent être coupées régulièrement si elles ne s'usent pas naturellement sur le bitume. Les oreilles, tombantes, doivent être inspectées et nettoyées chaque semaine pour prévenir les infections. Un brossage dentaire régulier (2 à 3 fois par semaine) est essentiel pour éviter le tartre et les maladies parodontales. Côté vocalises, le Xigou n'est pas un aboyeur excessif : il peut donner de la voix lorsqu'il est excité ou pour alerter, mais reste globalement silencieux à la maison. En période de mue (printemps et automne), la perte de poils est modérée. En résumé, un entretien minimal, mais régulier, qui ne demande pas plus de 15 minutes par semaine.
Santé & longévité
Le Xigou est généralement un chien robuste, avec une longévité de 12 à 14 ans, comparable à celle d'autres lévriers de taille similaire. Sa santé bénéficie d'un mode de vie actif et d'une alimentation de qualité. Il présente cependant certaines prédispositions : sensibilité à l'anesthésie (typique des lévriers, en raison de leur faible masse graisseuse et de leur métabolisme particulier), dysplasie de la hanche (prévalence modérée), affections cardiaques (cardiomyopathie dilatée), sensibilité cutanée et blessures musculo-squelettiques liées à la course (déchirures musculaires, fractures de fatigue). Un suivi vétérinaire annuel est recommandé, avec un bilan sanguin et cardiaque à partir de 7 ans. Les vaccins et les antiparasitaires doivent être à jour. Il est important d'éviter les exercices intenses après les repas et de protéger le chien des températures extrêmes. Avec une bonne prévention, un Xigou peut vivre longtemps et en bonne santé.
Budget & engagement
Acquérir un Xigou représente un investissement conséquent. En raison de sa rareté en Europe, le prix d'achat auprès d'un éleveur sérieux (souvent en Chine) se situe entre 2 000 et 3 500 euros. Il faut ajouter les frais de transport international et les formalités (puce, passeport, vaccins) : 500 à 1 500 euros. L'équipement de départ (panier grand format, gamelles anti-glouton, laisse longue, harnais, jouets solides) coûte entre 200 et 400 euros. Les frais vétérinaires initiaux (vaccins, puce, vermifuge, bilan) s'élèvent à 200-400 euros. Au quotidien, le budget mensuel est d'environ 200 à 300 euros : 80-120 euros pour l'alimentation premium, 20-40 euros pour les friandises et compléments, 50-80 euros pour l'assurance santé, 30-50 euros pour les soins courants (antiparasitaires, produits d'entretien). Il est fortement conseillé d'épargner 50 à 100 euros par mois pour les imprévus vétérinaires. Sur une vie de 13 ans, le coût total (hors acquisition) peut dépasser 30 000 euros. Un engagement financier non négligeable.
Réglementation & cadre légal
Le Xigou n'est actuellement reconnu par aucune grande fédération cynologique internationale (FCI, AKC, KC). Il est classé comme race rare et locale par le China Kennel Union (CKU), qui tente de le préserver. En France et dans l'Union européenne, il n'existe pas de réglementation spécifique le concernant. Son importation est soumise aux règles générales : passeport européen, puce électronique, vaccin antirabique valide, et respect des conditions de transport. Aucune loi ne le catégorise comme chien susceptible d'être dangereux. Cependant, en raison de son fort instinct de chasse, certaines communes peuvent imposer des règles de clôture et de sécurité renforcées. Il est conseillé de se renseigner auprès de la mairie et de souscrire une assurance responsabilité civile. En l'absence de standard officiel, les éleveurs sérieux suivent les critères définis par le CKU. La race n'est pas inscrite à la CITES ni soumise à des restrictions de commerce particulières.
En conclusion
Le Xigou est un chien d'exception, mais pas un compagnon pour tout le monde. Son besoin d'espace, d'exercice intense et de socialisation exigeante le destine à des propriétaires expérimentés, actifs et prêts à s'investir. Sa rareté et son histoire en font un trésor canin, mais sa préservation est fragile. Avant de craquer pour son allure élégante, il faut peser les contraintes : absence de reconnaissance officielle, coût élevé, difficultés d'importation et incompatibilité avec les petits animaux. Pour ceux qui sauront lui offrir un cadre adapté, il sera un compagnon loyal, athlétique et fascinant. Pour les autres, mieux vaut se tourner vers des races plus accessibles. Le Xigou mérite qu'on le respecte pour ce qu'il est : un lévrier ancien, libre et fier, qui court encore dans les plaines de Chine.